FRANÇOIS SZISZ,
IMMIGRÉ, ENGAGÉ VOLONTAIRE,
AU VOLANT COMME À LA GUERRE
Les visiteurs du circuit de Budapest (installé à Mogyorod, 20 km au nord de la capitale hongroise), sont surpris de trouver en arrivant aux portes de la piste la statue d’un pilote français : François Szisz. Et pour cause : François Szisz comme son nom peut le laisser soupçonner, n’était guère gaulois mais bien hongrois. S’il a connu la gloire dans l’Hexagone, c’est dans son pays natal qu’aujourd’hui sa mémoire est la plus vive, bien qu'il repose aux côtés de son épouse dans le petit cimetière d’Auffargis dans les Yvelines.
Ferenc (son vrai prénom) Szisz est à jamais le vainqueur du premier Grand Prix de l’Histoire de l’automobile. Couru les 26 et 27 juin 1906 sur le circuit de la Sarthe, celui-ci n’a guère de points communs avec un Grand Prix de Formule 1 actuel. C’est une course démesurée qui s’apparente à une épreuve au long cours et préfigure ce que seront 24 Heures du Mans. Jugez plutôt : le Grand Prix est disputé sur deux jours, les concurrents devant chaque jour couvrir six tours d’un circuit en triangle de 103 km, dont les pointes sont les villes de La Ferté Bernard, Le Mans et Saint Calais. Les routes, pour la plupart asphaltées (mais pas toutes…), ont été fermées à la circulation pour l’occasion.
Szisz s’impose au fil des tours et des jours, couvrant les 1 238 km du Grand Prix en 12 heures, 14 minutes, 7 secondes et 4/10e, à la vitesse moyenne de 101,195 km/h au volant de sa Renault modèle AK officielle. Le prestige de cette victoire est, pour Louis Renault, mondial. Et Szisz devient une idole que les foules happent dès qu’elles le reconnaissent -une notoriété comparable à celle des premiers héros de l'aviation. Sa présence annoncée par les organisateurs d’une course ou d’une manifestation suffit, dit-on, à assurer le succès de l’épreuve.
UN SERRURIER DEVENU INGÉNIEUR
Né le 20 septembre 1873 dans la partie hongroise de l'empire d'Autriche-Hongrie, Szisz commence dans la vie comme serrurier. Fasciné par l’automobile, il reprend ses études et acquiert suffisamment de connaissances en mécanique pour proposer ses services aux concessionnaires de tout l'Empire. Il part ensuite pour la France où il frappe à la porte des ateliers de Louis Renault en 1900. Ce dernier en fait très vite son mécanicien de bord (les épreuves se courent alors en équipage de deux : un pilote et un mécanicien). Et lorsque Louis arrête la compétition à la suite du décès de son frère Marcel dans le Paris-Madrid de 1903, Szisz devient à son tour pilote.
Au volant, il démontre des qualités de rapidité, d’endurance et un sens de la mécanique qui lui permettent de rouler immédiatement en tête des épreuves auxquelles il participe. Louis Renault, impressionné, en fait son pilote d’essais, metteur au point et leader de l'équipe officielle en compétition. Pour les Français, il devient très vite non plus Ferenc, mais François Szisz (comme le pianiste et compositeur hongrois Ferenc Liszt était devenu Franz Liszt pour les Autrichiens…). Son accent à couper au couteau (il roule les « r » comme un paysan du sud-ouest) le rend encore plus sympathique !
Vainqueur de ce dantesque Grand Prix de France de l’ACF (Automobile Club de France) 1906 et malgré d'autres succès, Szisz renonce pourtant à une carrière prometteuse. Son travail au service de Renault est trop prenant. Surmené, aspirant à l'indépendance, ce caractère fort quitte son patron et ami en 1909 pour ouvrir un garage à Levallois-Perret. Au déclenchement des hostilités en 1914, signe de son profond patriotisme tricolore, il s’engage dans l’armée française pour combattre un adversaires aux rangs duquel figurent pourtant les Austro-Hongrois. En 1915, victime comme des dizaines de milliers d'autres combattants de la fièvre typhoïde, il est évacué. Il échappe à la mort, mais reste très affaibli, ne récupérant jamais vraiment la solide santé qui faisait sa réputation.
De retour à la vie civile, il continue à diriger son garage jusqu’en 1920 avant de devenir consultant pour des constructeurs aéronautiques. Retiré dans sa maison d’Auffargis en région parisienne à la fin des années trente, il s’y éteint le 21 février 1944 à 70 ans.
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