PATRICK PETER
L’ALCHIMISTE

Grand Prix de l'Âge d'Or, circuit de Dijon, avant-hier : Patrick Peter fait le tour de "son" paddock en grimaçant. Poignet gauche douloureux, enflé. Mauvais retour de volant au passage d'un vibreur ? Point du tout : le véhicule rétif avait quatre pattes. Patrick Peter, grand amateur d'équitation, paye de temps en temps le prix de sa passion. Il ne s'éloigne jamais très longtemps de ses écuries, mais c’est bien dans le cheval-vapeur qu’il a bâti sa réussite.

On le dit bourru, d’un abord parfois difficile, il est vrai qu'il parle souvent "cash". Et sans ce caractère très trempé, il n'aurait sans doute par pu réunir des collectionneurs qui, sans lui, auraient continué de s’ignorer. Accompagné de son épouse Sylviane, au caractère aussi entier que le sien, il peut aujourd’hui leur proposer n’importe quoi, n’importe où : ils le suivent. Et pour cause : le label « Peter Auto » est devenu une marque d’excellence. Meilleur hommage s’il est besoin : il est beaucoup jalousé. Et si, comme on le dit, l’on juge de la valeur d’un homme à la qualité de ses adversaires, celle de Patrick Peter est très élevée… Il ne s’en soucie pas et avance.
Ce moral inoxydable lui a permis d’avoir, de tout temps, quelques longueurs d’avance sur ses concurrents : Tour de France Auto, Pau Historique, Ronde du Ventoux, Classic Endurance Racing, Spa Classic, Dix Mille Tours, tout cela c’est lui. Et ses troupes se feraient écraser sur place –si possible par une Ferrari, une Bugatti ou une Aston Martin- plutôt que de déroger aux règles de la maison : rigueur, compétence, élégance.

 

DES PARIS RISQUÉS QUI N'ONT PAS TOUJOURS PAYÉ

 

Partout où se posent ses paddocks, il transmute l’huile, les gaz d’échappement et les tôles d’aluminium en vif-argent. Parfois, la formule ne marche pas (la pourtant très agréable "Ronde du Ventoux" n'a pas eu le succès escompté) ou en tout cas pas dès la première expérience : relever le pari du Mans Classic –dont tout le monde prétend aujourd’hui qu’il était gagné d’avance- demandait un gros enthousiasme, une certaine témérité, un soupçon d’inconscience, une capacité financière permettant d’accepter l’idée que l’événement n’allait pas gagner d’argent dès sa première édition en 2002, et un carnet d’adresse « gros comme ça » pour faire venir au bas mot 400 à 500 voitures de course des quatre coins du monde (et le double de pilotes afin de constituer des équipages), ainsi que quelques milliers d’autres autos en exposition dans les paddocks. Il fallait également un bras « long comme ça » pour décrocher les autorisations préfectorales et ministérielles permettant, trois jours durant, de fermer la nationale à la circulation pour ouvrir aux concurrents la piste de 13,6 km (le grand circuit du Mans n’est pas permanent).
Au bout de cette folie, Le Mans Classic est devenu la plus grande course historique du monde. Tout simplement. Voilà une épreuve qui ne fait pas de bien à notre légendaire complexe de supériorité français : trop beau, trop exceptionnel, trop intense, Le Mans Classic est un summum.

Cherchant toujours plus haut, plus loin, plus fort, Patrick Peter s'est lancé en 2014 un nouveau pari : créer en France un concours d’élégance au niveau des deux plus grands événements mondiaux de la spécialité : Pebble Beach aux États-Unis et la Villa d’Este en Italie ; ce sera le « Chantilly Arts & Élégance Richard Mille ». Les 6 et 7 septembre 2014, il organise dans le cadre majestueux du château ce qui sera, n’en doutons pas, une nouvelle référence internationale du genre.
La course automobile est née en France, les concours d’élégance sont nés en France, Patrick Peter continue à refaire de la France le grand pays de l’automobile de collection et d’exception.

 

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DIDIER LAINÉ NOUS A QUITTÉS

Je n'imaginais pas sur ce site, qui éclaire au quotidien l’actualité du monde de l’automobile de collection et d’exception, devoir partager un jour avec vous une grande tristesse. Didier Lainé, mon ami, notre ami, nous a quittés.

Y penser est douloureux, écrire la phrase l’est plus encore. Comme si je donnais ainsi plus de substance à une réalité que j’avais ces derniers jours du mal à accepter.

 

J’avais rencontré Didier en 1981. Il m'avait contacté pour que je puisse mettre à sa disposition le cabriolet Porsche 356 que j'utilisais alors. L’amitié qui naquit de cet emprunt nous fit compagnons de passion. Se voir était un plaisir, discuter automobile un régal. Car disparaît avec Didier un érudit, un homme passionné et cultivé, rare, enthousiaste ; un lettré qui aimait le mot, le verbe, autant que les mécaniques –ce qui n’est pas si courant.

 

Depuis 35 ans, Didier Lainé trempait dans son encrier (quelle incongruité d’écrire au passé…) l’une des plus jolies plumes de l’automobile française : agile, pertinente, généreuse. Signe de son talent, ses colonnes étaient attendues avec gourmandise. Sa parole nous importait, ses avis comptaient, son humour et sa finesse d’esprit honoraient les sujets qu’il traitait pour le Groupe LVA. Une référence, voici ce qu’il était.

 

Il nous a quittés brutalement vendredi dans la nuit. Son cœur s'est arrêté. Comment imaginer que le cœur d’un homme, qui en avait tant, ait soudain cessé de battre pour lui, pour nous ? Nous savions qu’au quotidien, l’usait une maladie qu’il l’affrontait avec courage, ironie et élégance. Ce dont il faisait preuve en toute chose, en toutes circonstances.

 

L’automobile de collection est orpheline d’un infatigable compagnon d’aventures, un éclaireur, un bienveillant. Les amateurs perdent un grand frère, un parrain en passion. Je perds, moi, un ami fidèle, attentionné, précieux.

 

Rétroviseur, le magazine qu’il dirigeait après avoir été l’un des pères d’Autorétro, va paraître dans quelques jours ; sans lui, mais avec son dernier éditorial. Sa lecture sera difficile pour tous ceux qui l’aimaient -et ils étaient nombreux. Dans le numéro de novembre, il m’avait fait l’honneur de dresser mon portrait. Son dernier papier.

Puisque cela devait être le dernier, Cher Didier, je pouvais encore attendre…

 

Au bout de ces lignes, ma peine est grande. Mes pensées vont vers Eva, ton épouse, et Alexa, qui te secondait professionnellement.

 

Lucien-François Bernard

 

 

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AON CLASSIC CAR ET L’AveC
EN VEDETTES DANS RÉTROVISEUR !

1973 La planète encaisse de plein fouet son premier choc pétrolier. Posséder une voiture de luxe ou une sportive de prestige devient soudain un plaisir quasi-interdit, et collectionner s’apparente à une passion subversive. Les slogans le proclament avec force : il faut se résigner, économiser, renoncer à ce honteux plaisir automobile.

C’est sans doute parce que Lucien-François Bernard n’a jamais rien fait comme tout le monde et qu’il a toujours assumé ses choix, qu’il choisit ce moment-là pour devenir l’assureur des collectionneurs. Sans doute aussi parce que, partageant le même amour de la voiture, croisant sur les mêmes routes, dans les mêmes garages, sur les mêmes circuits, ses amis Porschistes, Ferraristes, Bugattistes, il décide de mettre son professionnalisme à leur service. Assurer une voiture de collection devient enfin une science exacte. Pour nous, amateurs, collectionneurs, propriétaires-utilisateurs de voitures anciennes, exclusives ou sportives, Lucien-François invente les meilleurs contrats, repousse les habitudes étriquées de la profession, rend l’assurance et l'assistance "collection et exception" compréhensibles, accessibles, efficaces ; et va bien plus loin.

Pourquoi, comment, hier, aujourd’hui et demain ? Découvrez quarante ans d’histoires et quelques petits secrets dans le portrait que lui consacre le mensuel Rétroviseur dans son numéro de novembre (déjà dans les kiosques).

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GIULIO BORSARI
MÉCANICIEN DE LÉGENDES (2ème PARTIE)

Giulio Borsari avait la dent dure. Chez Ferrari, sa réputation ne tenait pas seulement à ses qualités de technicien hors-pairs : les pilotes et les ingénieurs connaissaient son franc parlé. On l’acceptait en raison du bon sens dont faisait généralement preuve Giulio. Un caractère rugueux, mais bienveillant.

 

La dureté d’Enzo Ferrari vis à vis de ses pilotes…

« Ferrari savait ce qu’était le risque, ce qu’était la mort. Il avait été pilote. Il avait été directeur d’écurie. Il avait perdu beaucoup d’amis. On ne l’entendait jamais dire à un pilote cette parole courante aujourd'hui « On se voit après la course ». C’était un sujet tabou. Personne ne savait qui allait survivre une fois le départ donné. Songez que dans les années trente, prendre le départ signifiait très concrètement risquer sa vie. À la reprise dans les années quarante et cinquante, cela n’a pas beaucoup changé. La réputation de dureté de Ferrari a été montée en épingle en 1957 et 1958, deux saisons abominables pour la Scuderia. Après avoir vu son fils Dino disparaître en juin 1956, nous avons perdu en quelques mois Eugenio Castellotti (14 mars 1957 à Modena), Fons De Portago (12 mai 1957 aux Mille Miglia), Luigi Musso (6 juillet 1958 à Reims), Peter Collins (3 août 1958 au Nürburgring) et l’Ingegnere Andrea Fraschetti (29 août 1957 lors d’essais à Modena). Ferrari ne montrait pas ses sentiments, il ne voulait pas paraître fragile. La presse l’a donc crucifié. Ils l’on surnommé le « Saturne qui dévore ses fils ». Chacune de ses disparitions a pourtant été un voile noir de plus sur son existence... »

 

Comment survivre en cas d’accident…

« Jusqu’à la fin des années cinquante, on avait peu de chance de sortir vivant d’un accident. Les monoplaces partaient facilement en tonneaux dès qu’elles se mettaient en travers et il n’y avait pas d’arceau pour protéger le pilote. On ne devait son salut qu’à l’éjection, mais il fallait choisir son moment –si on le pouvait. Quand on avait perdu tout espoir de récupérer une voiture en dérive, on commençait par s’accrocher de toutes ses forces au volant pour ne pas être catapulté n’importe comment, puis on essayait de s’éjecter dans la direction opposée à celle de la voiture. Rester coincer dans l’auto ou la voir retomber sur soi, étaient les deux principales causes de blessures graves. L’arceau, lorsqu’il apparaîtra, sauvera beaucoup de vies. Avec lui ce sera l’inverse : pour avoir une chance de s’en sortir, il faudra rester bien caler au fond de son siège en attendant que ça se passe –d’où la nécessité d’être harnaché solidement dans la voiture… »

 

"NOUS AURIONS DÛ ARRÊTER BANDINI…"

 

L’accident de Bandini en 1967 à Monaco…

« Lorenzo était un artiste, très bon mécanicien, un pilote doué et très fin, au style souple et coulé. Ce n’était pas un « freine tard » comme Regazzoni ou Surtees, un risque tout au gros cœur. Il avait ses limites. Mais à Monaco il volait entre les rails. Il avait fini troisième deux années auparavant, deuxième l’année précédente. Il avait préparé cette course comme jamais. Il voulait la remporter et il aurait sans doute réussi si Jack Brabham n’avait pas cassé son moteur au premier tour. Au tout suivant, Lorenzo partit en tête-à-queue sur la flaque d’huile. Stewart, Clark et quelques autres le doublèrent. Il se lança alors dans une fantastique remontée. Il était arrivé à 7’’ du leader, Dennis Hulme. Il donnait l’impression de pouvoir le rattraper. A chaque passage devant les stands, nous lui faisions des signes et il nous répondait. Puis, soudain, il a cessé de nous répondre. Il pilotait la tête inclinée vers l’avant, comme s’il dormait. Il était clairement victime d’un écroulement physique. Il fallait l’arrêter ! Mais on n’arrête pas un pilote qui a accompli une telle remontée et qui se retrouve deuxième, à quelques centaines de mètres du leader. Ce n’était pas une décision facile à prendre pour le directeur sportif, Franco Lini. On le laissa donc continuer ainsi. Ce qui devait arriver arriva. Au 83ème tour, après le tunnel, en cinquième, il a perdu le contrôle de la voiture. Il n’a pas survécu. Pour nous, pour moi, ce fut un drame… »

 

Mauro Forghieri et son chapeau…

« Nous avons fait toute notre carrière ensemble chez Ferrari, mais ce n’était pas facile tous les jours ! On ne l’appelait pas « Furia » (« la furie ») pour rien ! Quand il y avait un problème, il sortait de son chapeau magique quatre idées. Les trois premières étaient mauvaises, il suffisait d’attendre la quatrième ! Et si cela ne donnait quand même pas tout à fait les résultats escomptés, il mettait la pression sur les pilotes. Seul Lauda, qui n’était pas facile non plus, parvenait à lui clouer le bec. Régulièrement, il lui disait : « Si tu n’es pas content du résultat, tu prends le volant et tu me montres ! ». Cela mettait généralement fin au briefing ! »

 

Enzo Ferrari, les vaines tentatives amicales…

« J’ai vécu 17 ans avec Enzo Ferrari et il n’y a jamais eu aucun problème entre nous. Intimidant, il l’était. Avare de mots, il l’était également. Ce n’était pas un extraverti. Il était d’apparence dur, rigide et froid. Parfois, il essayait de montrer son vrai visage mais il était alors victime de son personnage, de cette distance qu’il avait instaurée. Quand nous allions aux essais à Monza, il y avait toujours le même rituel sur le chemin du retour : il nous invitait à dîner dans un petit restaurant de Melegnano. Là, alors que nous n’étions que quatre ou cinq autour de la table avec lui, il essayait d’en savoir un peu plus sur nous et nos familles, posait des questions, tentait d’installer le dialogue. Il cherchait ce contact humain dont il ne voulait pas à l’usine. Mais nous étions intimidés et ne n’arrivions pas à nous ouvrir à lui. Ce qui, sans doute, l’indisposait. Mais c’était ainsi. Le poids des convenances dans lesquelles nous vivions ne pouvait pas disparaître… »

 

POUR EN SAVOIR PLUS :
1ère PARTIE : DE FANGIO À SURTEES, LE TEMPS DE LA CHEVALERIE

GIULIO BORSARI,
MÉCANICIEN DE LÉGENDES
(1ère PARTIE)

Maserati et Ferrari ont dominé tour à tour la Formule 1 des années 50 et 60. Deux écuries italiennes installées exactement à 22 kilomètres l’une de l’autre au cœur de l’Emilie Romagne. Deux rivalités théâtrales. Modena, où Ferrari disposa de son premier atelier et de son siège avant de s’installer à Maranello, était coupée en deux comme Milan l’est pour le football entre « AC » et « Inter », ou que Sienne enflamme ses quartiers pour le Palio. Il fallait choisir : le Cavallino ou le Tridente. Barbier, café ou fournisseurs, on fréquentait de préférence ceux de son camp. Un conflit d’opérette, une commedia dell'arte, certes, mais comme toute chose infiniment futile, elle était prise très au sérieux. Et il était rare que l’on « trahisse » -comprenez : que l’on travaille pour l’un après avoir servi l’autre. Ferrariste ou Maseratiste l’on était, Ferrariste ou Maseratiste l’on demeurait.

Petit homme à la peau tannée et aux yeux pétillant, Giulio Borsari est, jusqu’à son dernier souffle, resté indéfectiblement attaché… aux deux ! « Comment vouliez-vous que je choisisse entre l’un ou l’autre ? Je suis né à Montale, entre Modena, la ville de Maserati, et Maranello celle de Ferrari. Montale, c’est juste au milieu : 11 km dans un sens, 11 km dans l’autre ! ».

Mais en 1945, lorsqu’à la sortie de la guerre il veut exercer son métier de mécanicien, c’est à la porte de Maserati, 322 Via Ciro Menotti, qu’il frappe. Il n’a d’ailleurs pas le choix : Ferrari, la marque, n’existe pas encore. A Maranello, il n’y a que des ateliers de construction mécanique, partiellement bombardés, qu’Enzo Ferrari doit reconstruire. L’Ingegnere ne pourra lancer sa marque que deux ans plus tard, en 1947, à l’expiration du contrat de non-concurrence qu’il avait signé avec Alfa Romeo dont il était le Directeur Sportif (les Alfa officielles courraient frappées de l’emblème de la Scuderia Ferrari).

 

UNE OREILLE EN OR

 

Tout d’abord mécanicien à l’atelier de montage, puis aux bancs d’essais moteurs, Giulio séduit les ingénieurs par son dynamisme et surtout une « oreille » exceptionnelle. Ce qui, à une époque où la gestion électronique des moteurs, l’acquisition de données et la télémétrie, n’existent pas, est une qualité très recherchée. Il accompagne sur les Grand Prix les plus grands pilotes de l’époque : Chiron, Bonetto, González, Fangio, Lang, Musso, Bira, Ascari, Villoresi, Moss, Schell, Rosier, Simon, Collins, Behra, Taruffi, Maglioli, Bonnier,… « Il porte bonheur » dit Fangio, pourtant guère superstitieux.

« De débutant, je suis devenu mécanicien spécialisé, puis j’ai développé mes qualités de metteur au point. J’ai appris à travailler au plus précis et au plus vite. Et puis, surtout, à être capable d’identifier d’un coup d’œil, à l’oreille, à l’odeur, les pannes ou les mauvais réglages. Cela devenait un jeu ! L’écurie Maserati officielle était une fantastique structure. Et quel esprit ! C’était un mélange de gamins et d’anciens. Il n’y avait ni jours, ni nuits, ni semaines, ni week-ends, nous vivions tous ensemble –pilotes compris. Nous étions, je le crois, la meilleure équipe du monde. Tout le monde voulait conduire nos voitures, en Sport comme en F1. Aucune autre équipe n’a dominé à ce point les années cinquante. Le titre remporté avec Fangio en 1957 est notre apogée. Chaque pièce du puzzle était parfaite. »

Mais à l’intersaison 57-58, Maserati décide brutalement de se retirer des Grand Prix. La famille Orsi, propriétaire de Maserati, avait investi en Argentine à la suite d’accords avec le gouvernement du Général Peron. Perón destitué fin 1955, les créances n’ont plus rien valu. La famille Orsi a essayé de résister pendant deux ans mais, au bord de la faillite, a dû se résoudre à couper ce qui coûtait le plus cher : la Formule 1. Champion du monde avec Fangio en 1957, Borsari se retrouve privé de Formule 1. Il a 32 ans, la course est devenue sa vie, il quitte Maserati.

 

CENTRO SUD, OU COMMENT FAIRE TOUT AVEC RIEN

 

« J’ai quitté Maserati un vendredi, deux semaines, j’entrai à l’Officcina Paganelli, à Naples. C’était loin de chez moi, mais ils préparaient des Lancia et j’avais espoir de revenir à la compétition avec eux. C’est là que « Mimmo » Dei est venu me chercher. Son écurie, la « Scuderia Centro Sud », faisait courir des Maserati en Grand Prix depuis 1956. Des 250F, puis des Cooper Maserati ». L'écurie a peu de moyens. Elle tire le diable par la queue. « J’y ai beaucoup appris. Nous cherchions toujours un sou pour en faire deux… Ce fut une grande école. Dans la difficulté, quand les moyens font défaut, il faut se débrouiller pour tout, tous les jours. On apprend beaucoup plus et plus vite ! ». Et puis, un soir, c’est dans son village natal de Montale que son avenir va le rattraper…

« Je venais de rentrer de la Tasmania Cup avec la Scuderia Centro Sud quand on frappe un soir à ma porte : un voisin, maçon, réalisait des travaux chez Ferrari. « Monsieur Ferrari veut te voir », me lâche-t-il. Monsieur Ferrari veut me voir et il me fait passer le message par mon voisin qui fait des travaux chez lui ! Cela vous paraît forcément surréaliste ! Non, c’est normal ! Nous sommes en Italie, en Emilie Romagne, entre voisins, qui plus est entre hommes de la course. Je l'ai donc prié de répondre à Monsieur Ferrari que j’allais y réfléchir. Je savais que la Scuderia cherchait un chef mécanicien car le sien, Adelmo Marchetti, venait de disparaître à la suite d’une longue maladie. Mais, même si je vivais une situation un peu chaotique avec Centro Sud, j’y étais mon propre chef. Par ailleurs, l’ambiance était moins familiale chez Ferrari que chez Maserati. Enfin, l’Ingegnere était un homme rigide, qui intimidait. J’attendis trois jours avant d’aller frapper à sa porte à Maranello. Il était huit heures du soir. Son bureau était enveloppé dans la pénombre. Un grand portrait de son fils Dino, disparu en 1956, attirait le regard. Il fut, comme d’habitude, très peu bavard. Notre entretien ne dura qu’une vingtaine de minutes. Il m’expliqua ce que je savais… « Marchetti nous a quitté, je dois le remplacer. Je vous confierais volontiers ce rôle ». Il me demanda mon salaire -qui était de 80.000 lires par mois. Après m’avoir demandé si j’étais intéressé et obtenu ma réponse affirmative, une sonnette retentit très brièvement et le directeur administratif, Monsieur Della Casa, et le chef du personnel, entrèrent dans son bureau avec les papiers sous le bras. Mon contrat était déjà prêt, il prévoyait un salaire mensuel de 138.000 lires. J’étais tellement abasourdi par le chiffre que j’ai lu en diagonale et signé immédiatement. Le lundi suivant, 12 mars 1962, j’entrais à Maranello Une nouvelle vie commençait. Elle allait durer 17 ans... ».

 

LES DÉBUTS DU JEUNE FORGHIERI

 

« Une semaine plus tard, je partais aux États-Unis pour les 12 Heures de Sebring. Une Ferrari s’y imposa, pas la 250 TRi n°26 dont j’avais la responsabilité. Pendant la course, Moss s’était arrêté au stand pour remplacer un pneu et nous en avions profité pour ravitailler. Or le règlement nous l’interdisait : nous aurions dû attendre encore sept tours pour le faire. Nous fûmes mis hors course trois tours après notre « méfait ». En rentrant de Sebring, je partis immédiatement pour Bruxelles où se disputait le Grand Prix à l’endroit même où se trouve aujourd’hui le siège de l’Union Européenne. L’expédition comprenait un autre mécanicien, l’ingénieur Forghieri qui faisait là sa première sortie officielle, le directeur sportif, Dragoni, et moi-même. Notre pilote, Willy Mairesse, remporta l’épreuve devant Jo Bonnier et sa Porsche. Sa Ferrari 156, plus puissante, avait fait la différence. N’ayant plus goûté à la victoire depuis 1957, ce fut pour moi un très grand bonheur. On me demanda dans la foulée de m’occuper du Championnat d’Europe de la Montagne. 4 courses seulement, avec Scarfiotti, mais quatre victoires. En 1963, je continuais à jongler entre la F1, les Prototypes… et le reste ! »

En 1964 Dragoni annonça à Borsari qu’il ne s’occuperait plus que de F1. Et c’est ainsi que Giulio devint, jusqu’en 1973, l’unique chef mécanicien de Ferrari. Le record de longévité à ce poste ! Le poste disparut en 1974 : comme les écuries anglaises, Ferrari décida de dédier une équipe de mécaniciens à chaque monoplace. Borsari fut affecté à celle de Clay Regazzoni, tandis qu’Ermanno Cuoghi, qui avait déjà travaillé en Grande Bretagne et parlait bien l’anglais, fut associé à Niki Lauda.

Mais revenons à 1964…

« Ce fut une saison fantastique à l’issue de laquelle nous décrochâmes les deux titres mondiaux, Pilote et Constructeurs, avec John Surtees. Cela se joua lors de la dernière épreuve, au Mexique, et avec l’aide de Bandini. John a mis longtemps à l’admettre, pensant l’avoir rattrapé à la régulière. En réalité Bandini, qui était deuxième derrière Dan Gurney sur sa Brabham-Climax, savait que s’il terminait à cette place, il ne serait que deuxième au classement final du championnat. Alors que, s’il laissait passer Surtees, celui-ci remporterait le titre. Il s’effaça donc. Cela va vous paraître étrange, mais personne dans l’équipe ne lui en donna l’ordre. Nous n’en donnions jamais. Il y avait à cette époque moins d’argent en jeu et la mort rôdait sur toutes les grilles de départ. Cela favorisait, je crois, entre les pilotes un fort climat de camaraderie. Ils avaient, spontanément, sans calcul, des attitudes très chevaleresques. Bandini s’effaça donc. Et John Surtees fut sacré champion du monde… ».