DISPARITION DE PAUL ROSCHE

BMW avait fait à Paul Rosche la surprise d'une magnifique fête de famille sportive le 1er avril 2014 à Münich pour son 80e anniversaire. Ses anciens pilotes, a qui il avait permis tant de victoires, ses camarades ingénieurs, à qui il avait tant appris, tout le monde avait tenu à fêter l'un des plus grands héros de la marque.

Rosche était en effet à BMW ce qu'Aurelio Lampredi et Gioacchino Colombo furent à Ferrari, Bernard Dudot et Jean-Jacques His à Renault, Jean-Pierre Boudy à Peugeot et Osamu Goto à Honda : les pères de la performance mécanique. Leurs moteurs ont construit les succès de leur marque en compétition.

Munichois passionné de technique, Paul Rosche ne pouvait envisager son métier ailleurs qu’à la Bayerische Motoren Werke, autrement dit BMW. Né en 1934, il entre sitôt son diplôme d’ingénieur en poche en 1957 chez le constructeur bavarois comme dessinateur. Très vite, il développe une science de l’arbre à cames et des hauts régimes. Quand un problème se pose en ces domaines, c’est le jeune Paul qui est mis à contribution au sein du bureau d’études. Sa compétence et une puissance de travail considérable l’imposent dans de nombreux projets. Moteurs de route ou de course, il est de tous les challenges difficiles.

Très vite, la direction technique lui confie la direction de projets et les succès sportifs sont au rendez-vous : en 1969, son bloc quatre cylindres deux litres turbocompressé permet à la BMW 2002 de remporter le championnat d’Europe de Tourisme en circuit. En 1973, il est nommé directeur des études avancées et des moteurs de compétition. Deux ans plus tard, il est en charge de la motorisation de la M1 chez BMW Motorsport. Un merveilleux six cylindres en lignes (le « E26 ») de 3453 cm3, coiffé d’une culasse 24 soupapes (ah les beaux arbres à cames que voilà !),  jailli de ses tables à dessins.

Pendant ce temps, un autre de ses moteurs, le deux litres quatre cylindres 16 soupapes, accumule les succès : six titres de champion d’Europe de Formule 2 (1973, 1974, 1975, 1978, 1979, 1982) et plus de 150 victoires !

En toute logique, lorsque BMW décide d’accompagner l’écurie Brabham en Formule 1 à partir de la saison 1982 (un essai avait été fait à l’été 1981), c’est bien évidemment Paul Rosche qui est à la manœuvre. Sa science des quatre cylindres turbocompressés et des hauts régimes de rotation fait merveille. Après une année d’apprentissage, Nelson Piquet décroche en 1983 la couronne mondiale au volant de sa Brabham-BMW BT52.

En six saisons d’activités (de 1982 à 1987), au plus fort des « années turbo », les moteurs BMW vont prendre 91 fois le départ des Grand Prix et récolter 15 pole positions (9 rien qu’en 1984) et 9 victoires.

Pau Rosche a dirigé le département technique de  BMW Motorsport de 1979 à 1996. Il coulait depuis une retraite très active, régulièrement impliqué dans les opérations « classiques » de BMW.

 

 

 

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ET ZORA ARKUS-DUNTOV
RÉINVENTA LA CORVETTE

Certains chefs-d’œuvre peuvent naître deux fois. La Chevrolet Corvette, qui mérite le qualificatif tant elle fut une idole dès sa création et le reste aujourd'hui, eut droit à deux paternités successives et inspirées.

La Corvette a été créée une première fois par Harley Earl et son équipe en 1951. Présentée début 1953, sa production a commencé six mois plus tard et n'a jamais cessé depuis. Mais 1953, temps zéro de la Corvette, est aussi l'année où son second père est engagée chez General Motors. Il s'appelle Zora Arkus-Duntov et va marquer d'une emprunte puissante l'histoire du modèle et au-delà celle de GM.

La vie d'Arkus-Duntov est un roman. Jugez plutôt : né en 1909 en Belgique de parent juifs-russes (son père est ingénieur dans les mines), sa famille au début des années dix à Saint-Pétersbourg. Mais la révolution bolchévique les pousse à repartir vers l'Allemagne. La montée du nazisme rend cependant leur présence de plus en plus dangereuse. Arkus a le temps de finir ses études d'ingénieur avant de fuir vers la France. Il y travaille sur des moteurs diesel pour les camions Willème. Mais pour améliorer le maigre ordinaire, il devient passeur d’or entre Paris et Bruxelles à bord d’une Ford trafiquée par ses soins. Un peu d'argent dans les poches, ses yeux bleus et son charme d'aventurier font tomber dans ses bras une sublime danseuse des Folies Bergère qu'il épouse. Mais le voilà rattrapé en 1939 par la guerre. Avec son frère, il s'engage dans l’armée de l’air française. Survient la défaite et l'occupation. Son instinct le pousse à quitter l'Europe pour échapper au péril allemand. Il part pour l'Espagne, passe au Portugal, et de là s'embarque pour les États-Unis. Avec son frère, il y crée une société de mécanique pour l'automobile. Celle-ci fermée à la suite d'une faillite, Zora frappe à la porte de General Motors. Nous sommes en 1953. Le constructeur américain vient d'engager un brillant mais turbulent sujet. Zora a en effet une idée fixe : la course améliore l'espèce !

Passionné de sports mécaniques sur deux et quatre roues (il va gagner sa classe aux 24 Heures du Mans en 1954 et 1955 sur Porsche 550 RS officielle), infatigable chercheur de techniques innovantes, Zora va se battre toute sa carrière chez GM pour que la compétition soit au cœur de tous ses projets -une tâche compliquée au sein d’une entreprise réputée pour son conservatisme.

Ses empreintes chez Corvette dont il devient rapidement l'un des piliers, il les laisse partout où il passe. En particulier dans tous les secteurs où la performance est la clef. Entre autres faits d'arme, il met au point le système d’injection sur les modèles 1957, construit un prototype à moteur central arrière (CERV-1) pour démontrer les avantages de cette architecture qu’il souhaitait faire adopter (en vain). Il obtient cependant son bâton de maréchal quand, devenu ingénieur en chef de la marque, il dirige le projet qui deviendra la Corvette C2 Sting Ray. Arkus-Duntov atteint alors son objectif : créer une Corvette fiable à hautes performances, facile à développer pour courir. « A présent, je peux être fier de conduire une Corvette en Europe ! », lâcha-t-il devant son staff.

Zora Arkus-Duntov est décédé en 1996. Conformément à ses souhaits, il a été incinéré. Ses cendres ne sont pas dans la maison familiale : l’urne est conservée au Musée National Corvette...

 

POUR EN SAVOIR PLUS...

.Le site du musée national Corvette aux Etats Unis
.La fiche technique et les performances de la Chevrolet Corvette Stingray 1963
.L'histoire et l'essai de la Chevrolet Corvette Stingray 1963

 

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DANTE GIACOSA
LE PÈRE DE LA FIAT 500

C'était le temps des alchimistes de l'automobile. Il y a un demi-siècle, la création d’une voiture n’impliquait qu’une poignée d’hommes qui intervenait d’ailleurs sur toute la gamme –quand elle existait. Et l’ingénieur qui portait la belle sur les fonts baptismaux avait le rang de sorcier. Qualificatif attribué à une époque où l’on doutait parfois que la mécanique fut une science exacte ; et où celui qui voulait un modèle à la fois fiable, économique et performant en cherchait en réalité trois…
Dante Giacosa est l’un de ces sorciers. Peut-être le plus célèbre d’entre eux en Italie. Son talent a été popularisé par l’une de ses créations, devenue icône de l’automobile : la Fiat 500.
En juillet 1957 quand elle est dévoilée, Giacosa est déjà un homme mûr, à mi-chemin de sa longue carrière. Directeur du département technique de la division automobile de Fiat depuis 1946, il est a 52 ans un ingénieur respecté de ses pairs, révéré par ses collaborateurs, très écouté par sa hiérarchie. Ce prestige, Giacosa le doit à sa personnalité bien trempée, à son ouverture d’esprit et à sa culture, à son souci permanent des aspirations du consommateur, le tout allié à une forte compréhension des enjeux industriels. Des qualités qu’il a très tôt exprimées en concevant un précédent grand succès de la marque : la Fiat 500. Car il y a déjà eu une Fiat 500…
En 1936, le constructeur italien a mis sur le marché sous ce nom une voiture révolutionnaire. Vendue à plus de 500.000 exemplaires dans toute l’Europe, directement ou sous licence (en France sous le nom Simca 5), elle est restée au catalogue pendant vingt ans ! L’Ingegnere Giacosa n’avait pas trente ans quand il s’est emparé du projet à la demande du Senatore Agnelli, président de Fiat.
Né le 3 janvier 1905 dans une famille d’origine piémontaise installée à Rome où son père, militaire, est en garnison, le jeune Dante excelle dans les disciplines littéraires. Il parle couramment le latin et le grec, mais ce sont des études supérieures scientifiques qu’il veut suivre. En 1927, à seulement 22 ans, il obtient son diplôme d’ingénieur mécanicien au célèbre « Polito », l’Institut Polytechnique de Turin, la plus prestigieuse école d’ingénieurs à l’époque en Italie (aujourd’hui dans le top 5 mondial pour l’ingénierie automobile). Son premier employeur sera aussi le seul : la Fabbrica Italiana Automobili Torino, autrement dit, « la Fiat », comme l’appellent les Italiens.

 

POPULAIRES, LUXUEUSES, SPORTIVES, IL SAVAIT TOUT FAIRE !

 

Rapidement intégré au bureau d’étude, il apprend le métier aux côtés d’ingénieurs qui ont fait rouler les premières voitures sur le sol italien à la fin du siècle précédent. Il est tout d’abord affecté aux essais, puis aux projets des véhicules utilitaires et industriels. En 1933, il hérite d’une tâche à laquelle ses supérieurs se sont cassés les dents (certains ont même été renvoyés du jour au lendemain en raison de leurs échecs !) : imaginer un petit modèle, économique, minimaliste. Ce sera donc cette fameuse 500, première du nom, dite « Topolino ». Un succès immédiat, suivi de bien d’autres nés sous son crayon, dont les plus célèbres sont la Fiat 600, la « Nuova » 500, la Dino, la 130, la 128,…
L’aura de Giacosa va croître au fil de ses créations. Cet homme discret, à l’élégante silhouette, toujours en costume-cravate, impressionne autant par son palmarès que par sa science de l’automobile et sa capacité à accomplir les missions les plus différentes. Pour Fiat, il aura à concevoir aussi bien des tracteurs militaires, des moteurs d’avion, des voitures de luxe comme la 8V, que des populaires. Tâches dont il s’acquittera avec un égal talent, directement installé à la table à dessin comme pour la Topolino, ou en patron au fil de son ascension dans l’entreprise.
Marque des plus grands, c’est dans le dépouillement, le fonctionnel, qu’il va exceller. La 500, et sa remplaçante la Nuova 500, sont des chefs d’œuvre. Songez qu’avec ces deux modèles, Fiat va jouer les premiers rôles pendant près de quarante ans (1936-1955 pour la 500 Topolino, 1957-1975 pour la Nuova 500) ! Certes les consommateurs étaient alors moins exigeants et l’offre plus réduite, mais il fallait une conscience exacerbée des besoins des automobilistes autant qu’une vision très avant-gardiste du marché, alliées à de magistrales inspirations techniques, pour parvenir à une telle performance. Car, s’il est permis à beaucoup d’inventer des machines complexes, c’est dans la simplification que s’exprime le génie mécanique. Ils ne sont guère que trois ingénieurs au cours du XXe siècle à avoir porté suffisamment haut leur art de l’ingénierie pour atteindre un tel niveau d’excellence : André Lefebvre avec la 2CV, Ferdinand Porsche avec la Coccinelle, et Dante Giacosa.
Et quand il ne dessine ou ne calcule, Dante écrit. Pas des romans d’aventures, mais un traité de mécanique. Son « Motori endotermici » -en français « Moteurs endothermiques », publié en 1941 et consacré aux moteurs à combustion interne, a été pendant plusieurs décennies la bible des motoristes, traduite en plusieurs langues, et rééditée à quinze reprises !
Disparu le 31 mars 1996 à 91 ans, l’Ingegnere Giacosa avait gravi un à un les échelons de la Fiat jusqu’au Conseil d’Administration. Il était parti en retraite en 1970 pour se livrer à son activité favorite : lire, en latin et en grec ; et écrire ses mémoires, en italien.

 

GROS PLAN :
Giacosa parmi ses pairs
Il est intéressant de resituer Dante Giacosa parmi des grands ingénieurs mécaniciens. Né en 1905 et actif dès 1928, il est le jeune contemporain d’André Citroën (1878-1935), de Louis Renault (1877-1944), du père de la 2CV André Lefebvre (1894-1964) et de celui de la Coccinelle Ferdinand Porsche (1875-1951). Enzo Ferrari qui appréciait son travail (il disait sans détour que la Nuova 500 était géniale), n’a jamais essayé de s’adjoindre ses services. Sans doute savait-il que Giacosa avait un caractère fort, peu docile, et qu’il travaillait dans l’indépendance –ce que Ferrari n’acceptait guère de ses collaborateurs !

Giacosa aurait pourtant pu travailler pour Enzo Ferrari, comme d’autres ingénieurs de la Fiat qui passèrent de Turin à Maranello. Dante le touche-à-tout avait en effet tâté à la compétition en créant plusieurs Cisitalia de course, notamment la première d’entre elles, la très réussie D46, qu’il avait équipée… d’un moteur Fiat !

 

POUR EN SAVOIR PLUS, L’ÉPOPÉE DE LA FIAT NUOVA 500, 1957-1975 :

 

 

 

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ERMANNO COZZA :
RENCONTRE AVEC UN PRINCE DE MASERATI

D’abord, il y a ses yeux. Eclairés, rieurs, pétillants. Les yeux des hommes qui ont vécu beaucoup, intensément. Et puis il vous tend la main. Une main noueuse, sèche et musclée à la fois, une main qui vous happe. Alors vous oubliez qu’il était voûté et marchait mal, et c’est vous qui avez soudain l’impression d’être petit et fragile face à Ermanno Cozza, quatre-vingt-deux ans, dont plus de soixante au service de Maserati. Cheveux blancs tirés en arrière, blazer impeccable et cravate artistiquement nouée. Un prince.

Avant de venir le voir à Modena, vous avez préparé cette rencontre, appris votre leçon, noirci des pages de questions. Inutile : on ne questionne pas l’Histoire, on l'écoute, on la regarde, on s’en imprègne. De toutes façons, c’est lui qui prend les choses en mains. Il n’est pas guide touristique, il ne raconte pas ce qu’il a lu : tout ce qui s’est passé, il l’a vécu. Le livre, c’est lui. Et, bien souvent, il en a écrit les pages. Mais déjà il vous prend par le bras : « Venez, allons faire le tour des ateliers ».

 

DANS SES YEUX, 60 ANS D’HISTOIRE DE « LA MASERATI »

 

« Rispetti, Ingegnere ! »… « Buongiorno, Ingegnere ! »… Les têtes se tournent, les visages s’éclairent, les mains saluent l’homme au port altier qui chemine dans le grand atelier Maserati de la viale Ciro Menotti. Sans ralentir son pas vif, l’interpellé agite son chapeau, lance un mot aimable, sourit à tous. Ermanno Cozza, arpente « sa » maison, « la Maserati », comme les Italiens appellent affectueusement certaines grandes et vénérables sociétés qu’ils changent en belles filles avec cet article défini.

Si les saluts fusent avec ferveur, c’est parce que les collaborateurs de la Maserati sont heureux qu’Ermanno Cozza soit, à un âge auquel on mérite ses grandes vacances, toujours au quasi-quotidien parmi eux. Et qu’être là est l’un des grands bonheurs de la vie de « l’Ingegnere Cozza ».

Ingegnere… Ermanno Cozza n’a pas gagné ce titre prestigieux sur les bancs d’une « polytechnique » italienne. Il l’a obtenu "les yeux dans la mécanique", derrière les bancs d’essais, à la mise au point, au bureau d’études, sur les circuits, de la manière la plus empirique –la plus difficile aussi. De papier encadré au mur de son bureau, il n'y a pas. Mais à voir comment le regardent d’autres ingegnere, frais émoulus des grandes écoles, on comprend qu’ils échangeraient volontiers leurs diplômes contre le sien et ce qu’il sous-entend : soixante ans d’immersion dans la marque, soixante ans à échouer, à recommencer, à échouer encore, jusqu’à la plus solide des réussites, soixante ans à apprendre chaque voiture de la gamme du métal brut jusqu’à la dernière couche de peinture, soixante ans à construire et conduire tout ce qui porte un trident, soixante ans d’amour et de fusion. Inextinguible flamme.

« Je suis rentré chez Maserati le 28 septembre 1951, à 7 heures du matin. J’avais 18 ans et je sortais de mon école de mécanique. Je n’envisageais pas de travailler pour qui que ce soit d’autre. Je suis « Modenese », Modénais. A cette époque-là, à Modena, vous deviez choisir votre camp : soit vous étiez Ferrariste, soit vous étiez Maseratiste. Si elle était née à Bologne, la marqué s’était installée ici depuis 1940, trois ans après le rachat de l’entreprise aux frères Maserati par une riche famille de notre région, les Orsi. La ville n’avait donc pas une marque mais deux. Et Maserati était historiquement la plus ancienne car Ferrari n’était née qu’en 1947. On n’était donc plus Modenese : on était Maserati ou Ferrari. Attention, je ne parle pas des hommes passionnés de mécanique : je parle de toute la population ! En fonction de son choix, on ne fréquentait ni les mêmes bars, ni les mêmes boulangeries ! On mesure mal aujourd’hui à quel point les duels que se livraient nos constructeurs, rythmaient chaque semaine les battements de notre cité. Le lundi, vous ne parliez pas football : vous discutiez des performances réalisées par les deux écuries la veille. Chacun défendait son champion : ceux qui avaient un Cavallino dans le cœur et ceux qui ne juraient que par le Trident. J’étais de ceux-là. Pour tout l’or du monde vous ne m’auriez pas fait travailler chez Ferrari –où j’avais pourtant des amis ! Pourquoi ? Il n’y a pas toujours d’explications rationnelles aux choses…  Maserati avait de l’élégance, du panache et, techniquement, surclassait vraiment Ferrari… ». Voilà, ça c’est dit !

 

UNE CHARRETTE DE FOIN POUR ENZO FERRARI

 

Dans les ateliers ultramodernes, les voitures avancent de poste en poste accrochées à leurs berceaux. L’ambiance est feutrée, climatisée, on y travaille debout à grand renfort d’outils électroniques, d’ordinateurs de contrôles, de bras robotisés. L’Ingegnere Cozza regarde et admire comme s’il découvrait le ballet pour la première fois. « Ce nouvel atelier jouxte les anciens bâtiments. L’atmosphère des années cinquante y était bien différente : elle tenait plus de la forge que de l’atelier de construction aéronautique comme aujourd’hui ! Le service de mise au point des moteurs dans lequel j’ai commencé ma carrière comme apprenti ajusteur motoriste y était installé et nous y étions… deux ! ». La photo qu’il sort de sa poche montre deux hommes s’afférés autour de machines dans un atelier qui semble sorti d’un film de Fritz Lang.

« C’était vraiment le premier âge d’or de Maserati. Nous ne vivions que par et pour la course. Exactement comme Ferrari. Et notre rivalité donnait parfois lieu à des plaisanteries spectaculaires : quelques jours avant l’un des Grand Prix de Modena, qui se courait alors dans le parc de la ville, Enzo Ferrari se répand dans les journaux locaux sur la puissance du nouveau V12 de ses monoplaces « Dans cette nouvelle version », explique-t-il avec emphase, « nous avons des chevaux, beaucoup de chevaux… ». Le dimanche, Maserati bat Ferrari a plates coutures. Adolfo Orsi, qui n’avait pas oublié les rodomontades du Commendatore, a fait livrer le lundi matin à Maranello une énorme charrette de foin accompagnée de ce mot : « Cher Ferrari, pour nourrir tous vos chevaux. Bien à Vous, Orsi ». La nouvelle se répandit évidemment très vite. Pour les supporters, c’était jubilatoire ! ».

Cette rivalité est d’autant plus forte que chacun des protagonistes tire une absolue légitimité de son implantation locale : les deux constructeurs ont installé à Modena la totalité de leurs ateliers, lignes de montages, fonderies et officines commerciales. Ils y vivent également… mais évitent de se rencontrer. Quand, dans la bonne société modénaise on invite l’un, il ne faut pas compter recevoir l’autre. Et les secrétaires des deux hommes s’en assurent en appelant à l’avance !

Dans les ateliers de la vialle Ciro Menotti, Ermanno Cozza se dévoue à la Maserati avec passion. Il démontre rapidement des qualités exceptionnelles chez un si jeune technicien. Reggiani, le responsable des essais moteurs, ne peut plus se passer de lui. Il a décelé chez le garçon un œil sûr et une oreille très fine qui vaut tous les manomètres. Ermanno « sent » la mécanique et son maître se fie de plus en plus à son jugement. Quatre cylindres, six cylindres, huit cylindres, V12, pas un bloc ne prend le départ d’une course sans avoir reçu au préalable leurs validations. « Nous nous sentions investis d’une énorme responsabilité. Les pilotes devaient pouvoir compter sur nos mécaniques. » Et, de fait, la fiabilité des Maserati devient aussi proverbiale que leurs performances. En 1954, la 250F conçue par les ingénieurs Colombo, Bellentani et Massimino, est l'une des Formule 1 de référence. Fangio décroche la couronne mondiale -beaucoup grâce à Mercedes qu'il a rejoint en fin de saison, mais aussi grâce à la 250F qu'il pilotait lors des deux premiers Grand Prix et au volant de laquelle il a gagné. Ermanno devient chef mécanicien, puis responsable technique -celui qui pose son œil sur tous les secteurs de la voiture. Il vient souvent au bord de la piste participer aux essais de développement des modèles. C’est un collaborateur très écouté par les ingénieurs, en particulier Guerino Bertocchi, Manfredini, et ensuite Giulio Alfieri.

 

QUAND LE FER EST MEILLEUR QUE L’ACIER

 

Les grands directeurs techniques de la marque viennent puiser auprès de Cozza la continuité d’un savoir et une expertise technique patiemment forgée. Ils ont besoin de compléter, de confronter, leurs intuitions théoriques grâce à celui qui, au fil des années, est devenu une mémoire technique de la marque. Parfois, ses avis atypiques sont à contre courant, contredisent la logique. Mais ils ont la force de l’expérience. Comme par exemple son insistance pour que le châssis de la Tipo 60, la célèbre « Birdcage », soit fait d’un assemblage de tubes de fer le plus banal. Contre son conseil, l’équipe de développement utilise de l’acier allégé, plus résistant, plus performant, techniquement plus parfait. Cozza n’insiste pas. Mais dès la fin de la première séance d’essais, la voiture est littéralement démantibulée, les soudures arrachées. Le châssis, génialement imaginé par Giulio Alfieri sous forme d’un entrelacs de tubes, tire sa rigidité de l’imbrication des éléments et n’a aucunement besoin d’un surcroît de solidité. Bien au contraire, requiert-il un matériau qui lui permettra de travailler en douceur, d’absorber les vibrations, les déformations, les contraintes de la piste. Cozza l’avait senti avant que les tests ne le démontrent. On ne remit plus jamais en doute ses avis…

Les activités en compétition de Maserati disparaissant peu à peu, celui à qui l’on donne de plus en plus souvent le titre d’Ingegnere devient, dès la première moitié des années soixante, l’un des piliers du département de développement des Grand Tourisme. Souvent installé au volant des prototypes, Ermanno apporte à Maserati une grande rigueur dans le processus de mise au point. Mais, sa réputation dépassant les murs de l’usine, on le retrouve aussi ensuite au département commercial, également chargé de la promotion.

Viennent pour Maserati des temps de plus en plus tourmentés. L’entreprise frôle à plusieurs prises la faillite, change de propriétaire, échouant entre des mains qui ne sont pas toujours bien inspirées. C’est la valse des directeurs, le carnaval des ingénieurs, beaucoup de choses changent. Pas Cozza. Souffrant pour ce qu’endure « sa » marque, il fait belle figure, accueille les clients historiques comme si de rien était, fait les honneurs de l’usine à un autre Modénais, Luciano Pavarotti, tient la boutique dans la tempête quand le management n’est plus guère aux affaires. Et toujours, il sourit. Malgré la fatigue et la colère face aux errements et aux gâchis à répétition. Mais tout cela est oublié. Les années ont passé.

Aujourd’hui, dans les halls clairs de sa marque revigorée, dynamique, moderne, relancée par le Groupe Fiat dont elle devient l’une des pépites, l’Ingegnere Cozza revit. Quand il pousse la porte des ateliers, c’est à dire chaque jour ou presque, celui qui est aujourd’hui Conseiller Spécial en charge des archives et du patrimoine du Trident, a ses jambes de jeune homme. Celles qui, le 28 septembre 1951, l’avaient porté en ces lieux, à 7 heures du matin, pour entamer sa vie à « la Maserati ».

 

 

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ZORA ARKUS-DUNTOV
PERE DE LA CHEVROLET CORVETTE

S’il ne fut pas le père des Corvette première génération (créée par Harley Earl), Zora Arkus-Duntov (1909-1996) devint après son engagement chez GM en 1953 l’homme qui influença le plus l’évolution des modèles suivants. D’origine juive russe, il vécut la révolution de 1917 et l’emprise du communisme à Saint-Pétersbourg, fit ses études d’ingénieur en Allemagne durant la montée du nazisme, se réfugia en France où il travailla sur des moteurs diesel pour les camions Willème, devint passeur d’or clandestin entre Paris et Bruxelles à bord d’une Ford trafiquée par ses soins pour améliorer l’ordinaire, épousa une sublime danseuse des Folies Bergère, s’engagea dans l’armée de l’air au début de la guerre et émigra aux Etats-Unis après la débâcle. Un parcours à la Kessel, Gary ou Hemigway !
Passionné de sport moto et auto (vainqueur de classe aux 24 Heures du Mans en 1954 et 1955 sur Porsche 550 RS officielle) et de techniques innovantes, il se battit toute sa carrière durant chez GM pour orienter les Corvette dans cette voie. Il croyait certainement que la course améliore la race. Mais il eut bien du mal à y parvenir au sein d’une entreprise réputée pour son conservatisme. Après avoir entre autres mis au point le système d’injection sur les modèles 1957, construit un prototype à moteur central arrière (CERV-1) pour démontrer les avantages de cette architecture qu’il souhaitait faire adopter (en vain) en production et élaboré la suspension arrière de la Stingray, il déclara : « A présent, je peux être fier de conduire une Corvette en Europe. » Cet éternel non-conformiste ne renonça jamais à imposer ses convictions progressistes et son intérêt pour la course au cours de la longue carrière qui le mena à la tête de la division Corvette, dont il devint une véritable légende. L’urne contenant ses cendres est conservée dans le musée consacré à l’histoire de la marque.
Pour en savoir plus, le site du musée national Corvette aux Etats Unis

POUR EN SAVOIR PLUS...
.La fiche technique et les performances de la Chevrolet Corvette Stingray 1963
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